Critique de film : Few words de Candide Thovex

ON A VU

Retrouvez le film complet Few Words ci-dessus.

Few Words, le film attendu de Candide Thovex est finalement sorti au courant de l’automne 2012 au travers d’une tournée mondiale initiée à Paris, avec la présence de Candide lui-même à chacune des projections. On a ensuite retrouvé le DVD (et le Blue-Ray) dans les bacs pour Noël.

Un timing réussi pour rentabiliser ce projet qui a duré près de 2 ans. Deux années qui ont mobilisé Candide Thovex dans un but : produire LE film tant attendu dans le milieu freeski. En tout cas, c’est ce que nous laissait présager  les bruits de couloirs et la bande-annonce alléchante.
Mais on en attendait peut-être trop, de ce film que certains qualifiaient, sans l’avoir encore vu, de «Art of Flight» ou «That’s it that’s all» du freeski.

 

Pour en avoir le coeur net, j’ai finalement visionné le film, tranquillement dans mon canapé.

Entre vibrantes émotions et déceptions, on reste sur un entre-deux une fois le film terminé, on se dit à la fois «déjà ?» et «enfin !». On venait pour un film de ski et des images inédites, on en ressort avec un historique complet de la carrière de Candide Thovex.

 

Candide Thovex sur le Chad's Gap de Alta. 2000.

On démarre avec les premiers pas de Candide sur des skis jusqu’à ses premiers coups d’éclats à la fin des années 1990. Puis s’ensuit la légende de ce skieur hors-paire qui surpasse d’année en année les limites de ce sport naissant qu’est le ski freestyle. Ce flashback retraçant la carrière de Candide est appréciable pour le vieux freestyler que je suis, et je redécouvre les vieilles images avec une certaine nostalgie de ces années où rien encore n’était défini. A l’image de son backfull en transfert par dessus le half pipe des 2 Alpes, à la fin des années 1990. Ou encore le D-spin 720 sur le Chad’s gap au début des années 2000. Les plus anciens se souviennent de cette publicité Quicksilver en double-page représentant ce trick mythique.

Candide Thovex Pipe 2003 X GamesSuper Park Mammoth 2002. Candide ThovexOn retrouve également son run d’anthologie dans le half pipe des X Games de Aspen en 2003, 10 ans déjà, mais quel run et quelle amplitude. Pour mieux s’en rendre compte, il suffit de regarder la hauteur de Candide et la hauteur des murs du pipe ou la longueur de la transition entre le plat et la vert. On se dit que ce jour-là Candide a réécrit l’histoire du ski half-pipe et surtout lui a donné enfin le crédit mérité face au snowboard, jadis tout puissant dans cette discipline. Ce sont les années suivantes qu’apparaitront les super pipes et leurs dimensions actuelles qui permettent de rentrer des doubles rotations.

 

Le film nous rappelle aussi que Candide Thovex a gagné les X Games dans trois disciplines différentes, un exploit : big air, half pipe, slopestyle. Sa victoire au slopestyle en 2007 reste malgré tout une petite surprise. On le savait toujours très fort, mais techniquement dépassé par les plus jeunes à cette époque.
Quand on regarde à nouveau ses runs aux X Games, son attitude, ce rider n’était pas vraiment là pour gagner, mais surtout pour s’amuser, et c’est certainement ça qui le rend si unique.

Puis on redécouvre les images des célèbres «Candide Invitational», les modules démesurés, la grosse Bertha et l’accident tragique de Candide pendant l’édition 2007. On le dit fini pour le freestyle (du moins c’est ce que les interviews laissent ressortir), il se dirigera tranquillement et logiquement vers le freeride.

Son grand retour à la compétition après sa grave blessure se fera à l’occasion du contest de freeski backcountry : le Line Catcher de Vars en 2010. Épreuve qu’il gagnera à la surprise de tous, et ce malgré un niveau général élevé. Il enchaînera en participant au Freeride World Tour la même année et gagnera le titre mondial de justesse mais tout à fait mérité. Encore un exploit !

Cette carrière hors du commun fait de Candide Thovex un skieur à part. Comme le dit son entraîneur et coach du club de la Clusaz «Candide ? Ca n’est pas un freestyler ou un freerider. Candide c’est un skieur !». Tout est dit.

 

Tous ces instants retracés chronologiquement et commentés par des personnalités et amis de Candide plongent le film dans une format très «documentaire» qui plaira indéniablement à ceux qui, comme moi, on vu naître ce sport et l’on vu grandir sous les spatules de Candide. Les néophytes ou les jeunes pour qui le freeski a toujours existé, apprendront que non, le freeski est apparu il n’y a pas si longtemps, et qu’à ces débuts, l’excitation palpable consistant à délimiter les frontières du possible, était sans cesse repousser par Candide et les skieurs d’avant-garde comme JF Cusson, JP Auclair ou encore un certain Tanner Hall.

Candide Thovex en triple back flipsMais qu’en est-il des nouvelles images de Candide tournées pendant ces deux dernières années ? Deux longues saisons qui nous ont privé de sa présence sur les compétitions internationales.
A vrai dire, après avoir vu et revu le film plusieurs fois, je ne pourrais pas vous ressortir un moment clef, ou une image choc. Pourtant un film vous marque toujours par un trick ou un spot original… Peut-être ce triple back posé à la perfection ou un double cork, trick que Candide n’avait encore jamais dévoilé par le passé. Mais ces tricks aux allures de première pour Candide sont plaqués presque en boucle dans la plupart des vidéos de freeski qui sont sorties cette année. Il y a certes des belles images de freeride, notamment à Balme et une session entre amis dans de la trafolle voire de la neige croûtée, avec JL Ratchel ou encore Lolo Favre. Une belle lumière, des beaux slow mo, mais rien de vraiment percutant.

 

Le DVDOn s’attendait à beaucoup, forcement, lorsque l’on patiente deux ans, les attentes sont immenses, encore plus lorsqu’elles viennent d’un skieur emblématique comme Candide. Oui, il y a des belles images, mais on reste sur sa faim. Tout juste quelques mots de Candide lui-même viennent nous rappeler qu’il existe bel et bien en dehors des images enneigées, dommage. On aurait aimé qu’il s’exprime lui-même et nous fasse passer son ressenti sur certaines séquences importantes du film.

Pour faire court, on peut dire que c’est un documentaire entrecoupé de rares images inédites. On a tout juste le temps de se plonger dans ses nouvelles séquences, d’adhérer à l’ambiance des plans, de la musique, du slow motion que déjà une interview, une voix off nous replongent dans de vieilles images. Peut-être que cette alternance est indispensable pour donner du rythme à l’ensemble de l’oeuvre. Mais, j’ai comme le sentiment d’attendre quelque chose qui ne vient jamais.

Peut-être que réaliser un long métrage uniquement composé de backcountry, slowmotion et ambiance sonore posée (à l’image des Candide Kamera) risquait de créer une lassitude pour le public, surtout lorsque l’on dépasse les 30 minutes. Du coup, il a fallu contre balancer ces images avec un contenu plus dynamique. Voilà pourquoi, peut-être, on se retrouve avec un historique de la carrière de Candide, là où personne ne s’y attendait.

L’attente était certainement trop forte. Les vieilles images ravivent de beaux souvenirs, les nouvelles ouvrent une porte vers ce que l’on aurait aimé voir.

Alors il est difficile de pouvoir critiquer et émettre un jugement catégorique sur Few Words. Dans l’ensemble, je recommande le visionnage de ce film pour ceux qui sont curieux de découvrir le parcours de Candide Thovex et comprendre un peu mieux le freeski, n’attendez pas de nouvelles images, il y en a trop peu pour deux ans de filmage.

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